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Satisfaction

Je fais face de plus en plus à l’insatisfaction permanente. Une habitude de vie qui me rend terriblement perplexe. Je ne parviens pas à comprendre ce besoin d’être toujours critique, dans le mauvais sens du terme.
Je ne dis pas qu’il faut vivre dans un état de félicité débilitante, mais savoir se satisfaire de ce que l’on a me semble un acte essentiel au bonheur. Parce qu’il s’agit bien de vivre pour viser le bonheur, non? Et il me semble que celui-ci réside dans les plus infimes choses de la vie.

Je suis heureux lorsque je façonne mon pain ou que je scie mes bûches le matin pour me chauffer en hiver. Lorsque je rentre chez moi, une toute petite maison dans laquelle je me sens si bien. Je m’y sens bien parce que je fais jour après jour de ce lieu un écrin de sérénité, un nid où il fait bon vivre.

Je me demande si l’insatisfaction ne vient pas de la peur d’être heureux. J’ai entendu une réflexion dans un film qui dit que la peur n’existe pas, elle n’est qu’une projection de ce qui pourrait arriver, et donc une conséquence directe du fait de ne pas être dans le présent. Et si le fait d’être heureux ne venait que de là? Et si le bonheur n’avait pour seul secret, que le fait de trouver cet Équilibre dans lequel l’instant présent était la seule unité de mesure?
Peut-être que les éternels insatisfaits ne le sont que parce qu’ils ne connaissent que la peur. La peur de transformer sa vie pour autre chose que ce que l’on a toujours connu. Le confort rassurant de ne rien faire pour changer, même si cela a pour conséquence un mal-être.
Choisir de se défaire de ses peurs est un acte de courage, mais il reste, à mon sens, un choix. Un choix difficile, j’en conviens, mais il s’agit d’une décision difficile qui impose, un jour, de se satisfaire des petits bonheurs qui, peu à peu, en créent un immense.

Libérez-vous de vos peurs.
Vivez l’instant présent.
Choisissez le Bonheur!

Pouvons-nous encore?

« Femmes, je vous aime. Peut-on encore seulement dire cela? J’ai l’impression qu’aujourd’hui, le féminisme a tué l’amour des femmes et la galanterie. Oh ne vous méprenez pas, j’ai pour le sexisme et les maltraitances faites aux femmes le plus grand dégoût, mais j’ai peur qu’à mesure que le temps passe, l’on apparente certains actes de bonté et de tendresse, à du sexisme ordinaire. Je veux pouvoir tenir la porte à une dame, lui sourire, la saluer et même, pourquoi pas, pouvoir lui dire qu’elle est belle, sans sous entendu, juste par sincérité, comme on le dirait d’une étoile que l’on trouverait plus brillante qu’une autre. Je veux pouvoir avoir le droit d’aimer les corps que j’aime, sans me faire taxer d’être le produit d’une société qui me dit ce qui est beau ou ce qui ne l’est pas. Je veux pouvoir être libre, sans que la liberté des unes devienne une prison pour moi. J’ai peur qu’une branche du féminisme dérive vers une bien-pensance rétrograde inversée.
Cela n’empêche que je soutiens le combat qui est celui des femmes, de lutter pour l’égalité de nos droits qui, aujourd’hui, ne devraient même pas faire l’objet d’un tel scandale tant il devrait être naturel d’avoir acquis cette évidence. Je veux juste être libre d’aimer les femmes, sans intention, sans idée, juste aimer… inconditionnellement. »

Cette réflexion sur l’évolution des pensées autour du sujet du féminisme m’est venue il y a longtemps et j’avais laissé de côté ce petit texte par crainte de ce que certains pourraient dire de ma façon de penser. Mais qui aurait bien le droit de définir à ma place ce que je peux penser ou exprimer?

Cela me rappelle une autre chose qui m’a heurté il y a quelques semaines. J’ai pris conscience que nous sommes devenus de plus en plus prudes. Derrière des discours de liberté et d’ouverture, l’on censure petit à petit des choses qui, il y a quelques années, étaient monnaie courante. J’ai été marqué par cela lorsque j’ai comparé une série que je regardais il y a quelques semaines, avec des films des années 80-90 que j’ai eu le plaisir de revisionner pendant ce confinement. La première évoquait le désir et l’érotisme dans le regard des acteurs et la ligne narrative, mais dès que la caméra descendait sur un fragment d’épaule nue, celle-ci se détournait dans un fondu au noir comme s’il s’était s’agit d’une scène pouvant heurter la morale. Le second débutait sur une femme sous emprise de drogue qui se dévoilait seins nus, et les jurons de l’inspecteur, la cigarette au bec, résonnant dans la pièce lorsqu’il arrive sur la scène de crime.

Je ne dis pas qu’il faut faire l’apologie de la vulgarité ni que la nudité doit être utilisée à tout va, mais je pense que cette évolution est symptomatique d’un malaise de la société envers le corps, et envers tout ce qui peut être clivant en général.
Une cigarette choque alors que Gainsbourg enchaînait les Gauloises sur les plateaux de télé. Une épaule nue choque alors qu’il n’y a pas plus naturel que les corps.
Je pense que le cinéma est justement là pour sublimer les différences, les unicités, pour choquer parfois aussi, car les évolutions de conscience passent aussi par là.
Le rôle de l’art est d’aider à ouvrir les yeux. Et j’ai peur qu’à force de lisser ce que l’on voit, l’on oublie le trésor de la diversité, le rôle de transgression des arts.

L’artiste doit pouvoir tout dire, tout faire. C’est sa place. Et de cette liberté dépend une grande part de la liberté d’expression de tous.
C’est ensuite la responsabilité individuelle qui opère. Notre libre arbitre nous permet de décider si l’on veut avoir accès à telle ou telle oeuvre.
Ce sujet revient au même problème rencontré sur d’autres thèmes : l’on préfère, dans notre société occidentale bien pensante, interdire ou fustiger plutôt que d’éduquer et de laisser le public décider pour lui même (et pas pour les autres) de ce qu’il veut voir, lire, écouter.
Alors s’il vous arrive de lire un livre qui vous dérange, refermez-le, mais ne traînez pas son auteur en place de grève. Si un film vous choque, éteignez la télévision, mais ne provoquez pas d’ire générale contre son réalisateur. Si une musique vous agresse les oreilles, baissez le volume, mais le taxez pas l’artiste de tous les maux de la terre.

Respectez l’art.
Respectez les artistes.
Respectez la liberté, tout simplement.

Dire ou ne pas dire…

Vous qui avez été mon pays. Vous qui avez fait de mon monde le terrain des possibles. Vous qui avez construit la France, au lendemain des guerres qui ravagèrent notre pays. Vous qui vous êtes battus dans des conflits qui n’étaient pas les vôtres… vous, que l’on oublie aujourd’hui, je veux penser à vous.

Mon frère travaille dans un EHPAD. Il s’attelle depuis des années à prendre de soin de cette France d’hier, qui pourtant est toujours là. Elle vibre encore, elle pleure encore de sa solitude et sans doute aussi de voir ce que sont devenues toutes les batailles qu’elle a menées pour ses enfants. Cette France qui ne compte pas dans les morts de notre « guerre » actuelle… cette France que l’on ne voit plus, car elle reste cachée dans les murs confinés de ces établissements qui appellent à l’aide.

Cette France qui commence à comprendre que rien n’a vraiment changé, qu’il y aura toujours de bons penseurs pour dire qui est utile, et qui ne l’est pas. Qui définit qui doit vivre et qui peut mourir.

J’ai le coeur serré d’imaginer ces hommes et ces femmes, au crépuscule de leurs jours, se tourner vers les seuls qu’ils peuvent voir en ce moment avec dans le regard cette prière que tout cela ne soit qu’un mauvais rêve.

J’ai la tête remplie des souvenirs de mes grands-pères qui ont « la chance » d’être partis avant de voir leur monde tourner encore une fois, comme du mauvais lait caillé.

J’ai les yeux embués de penser à mes grands-mères, si loin de moi, qui s’inquiètent pour leurs petits enfants, car, bon sang, quel monde est-ce là?

Je vois, le lis, j’entends tant de choses. Sur les réseaux sociaux, à la télévision ou à la radio… et je ne peux m’empêcher de constater que peu de ces choses valent la peine.

J’ai le sentiment que l’on fait aujourd’hui, l’apologie de la médiocrité. On aime écouter ceux qui n’ont rien à dire et l’on passe au silence ceux qui pourraient, sur un malentendu, dire quelque chose d’intelligent.

Je suis abasourdi lorsque j’allume la télévision, ce que je fais rarement, du nombre de programmes débilitants qui continuent d’être diffusés, faute aux téléspectateurs qui se défendent toujours par le fait qu’il faut bien savoir se vider la tête. Mais soyons honnête, la bassesse et la médiocrité n’ont jamais vidé aucune tête, elle a plutôt la tendance de les remplir, mais pas nécessairement de qu’il faudrait.

Je regarde parfois quelques minutes des informations pour me tenir un minimum informé, mais informé de quoi? Des sujets que le rédacteur a décidé de faire passer, sûrement dirigés par une volonté supérieure? L’on définit pour nous ce que l’on doit savoir. Et là où les chaines d’information en continu auraient pu soigner ce bas blessé, elles ont fait le choix surprenant de donner encore moins qu’un JT de vingt minutes sur les grandes chaines, pour repasser en boucles les mêmes 5 minutes entre deux coupures pubs d’égales longueurs.

Nos journalistes sont devenus des apiculteurs, ils se soucient plus de rapporter des buzzzzz, que des faits.

Je rêve d’un journal qui ne prenne jamais parti et qui me permette de me faire mon propre avis, plutôt que de me gaver comme une oie pour Noël, de ce que certains ont cru bon de me nourrir.

Je rêve d’émissions dans lesquelles on peut entendre des gens intelligents, qui sont là pour nous apprendre des choses, et pas seulement tard le soir ou sur les chaines secondaires. Et si j’avais un souhait à faire, ce serait que certains ouvrent un livre, et qu’ils en profitent pour savourer le silence.

Dire ou ne pas dire… ? Telle est la question!

 

 

NOUVEAU:

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A.L.O.N.E

Regarde-toi… tu te lèves le matin et tu attrapes sans trop savoir pourquoi ton téléphone. Son écran s’allume et tes doigts tracent ton mot de passe alors que tu ne t’en souviens même pas consciemment. La lumière criarde t’agresse les yeux, mais peu importe. Il faut que tu saches. Il faut que tu voies.
Les dernières publications de ton fil d’actualité défilent sous tes yeux à moitié éveillés. Tu « likes » des images sans trop te soucier de ce qui est écrit, parfois juste pour t’assurer le suivi de certaines personnes influentes…
Tu regardes avec satisfaction le compteur de tes abonnés s’élargir, garantissant à ton égo la flatterie nécessaire pour te lever du bon pied.
Sans perdre plus de temps, tu sautes du lit et passes à la salle de bain te coiffer rapidement et t’assurer que ton visage ne présente pas trop de traces d’oreiller. Pour parfaire le tout, tu passes rapidement une crème légèrement teintée et te pinces les joues. Un trait de baume couleur peau pour rehausser la couleur naturelle de tes lèvres et tu te vois replonger dans ton lit. Tu ouvres ton application favorite, adaptes ta position pour donner l’impression que tu dors encore, et appuies sur le bouton qui lance l’enregistrement.

« Salut mes petits loups, j’espère que vous allez bien. Moi je me réveille à peine, alors vous excuserez ma tête, hein… (rires). Je voulais vous dire que j’ai vu ce matin que vous m’aviez fait passer un palier supplémentaire dans mon nombre d’abonnés et je suis trooooooop joie de voir que vous êtes si parfaits. Merci mes loulous et à tout à l’heure, parce que je vous réserve une surprise dans la journée! Restez connectés. Kisouuuuus ».

Tu te redresses et valides la vidéo qui se publie presque instantanément. Tu regardes ton oreiller et tu vois la trace plus foncée de ton fond de teint dessus. Prise de panique, tu repasses ta vidéo pour vérifier que rien ne se voit dessus. Par chance, il fait trop sombre pour que cela se remarque. Tu souris. Un premier commentaire tombe.
« Tu es tellement belle, même au réveil. Merci à toi pour ce que tu fais. »

Tu es tellement touchée par cette réaction que tu lui réponds directement. Tu te dépêches, car tu es en retard. Tu as rendez-vous pour un shooting photo avec un ami photographe. Tu comptes faire évoluer ton feed et prépares des photos d’Urbex afin de surfer sur la vague tendance du moment. Avant de partir, tu fais tout de même le point sur l’état de la monétisation de tes dernières vidéos. La vie d’influenceur…
Tu te prépares donc et rejoins Franck à l’entrée d’une ruelle, devant un grand bâtiment à l’abandon. L’une des stars de ton réseau favori a déjà posté une photo de ce bâtiment et tu veux profiter de l’engouement pour faire une story du début du shooting, ça fera parler un peu ton public. Tu rentres dans la ruine de béton et de métal rouillé. L’excitation est à son comble, c’est juste un décor parfait pour des posts qui crèveront les plafonds de « j’aime » et de « follows ». Tu prends les positions les plus improbables pour mettre en valeur ton corps, car ton image, c’est ce qui crée l’interaction. Il faut attirer le regard, donner un peu de soi pour satisfaire la curiosité et la soif indiscrète de ton public. Tu changes de tenues et d’accessoires pour donner de la visibilité à tes sponsors. C’est ainsi que tu gagnes ta vie. Tu vends ton image pour faire vendre du rêve et des produits que d’autres ont conçus, que d’autres encore ont fabriqués.
Soudain, tu entends le silence lourd qui règne autour de toi. Tu n’y es pas habituée. Même les bruits de la ville sont étouffés par l’atmosphère fantomatique des lieux. Mal à l’aise, tu attrapes ton téléphone pour regarder tes réseaux, et peut-être mettre un peu de musique pour remplir ce vide gênant. Les cliquetis de l’appareil photo continuent.
« Avec ton téléphone c’est bien oui! » te précise Franck.
Tu te rends compte que tu n’as pas de réseau. Pris de panique, tu parcours les lieux en cherchant le moindre sursaut de lien vers la civilisation… rien…
Tu regardes Franck, qui pense que tu fais des poses volontaires et qui s’amuse à te voir dans des positions plus improbables les unes que les autres. Le silence n’en finit plus… tu es perdu…

Entends le sifflement continu des machines qui soufflent. Ô que souffre mon âme de ces ventilations incessantes, de ce capharnaüm de vibrations qui rappellent que les uns et les zéro ont un coeur palpitant qui tend à battre au même rythme que le nôtre.
Sens les vapeurs de métal et de gaz qui envahissent l’air, qui étouffent nos âmes et éteignent les couleurs du monde. Quand les géants de ciment et de verre poussent là où régnaient les verts et oranges d’automne, que penser de nous?
De nous qui laissons trainer nos immondices sur les bords des serpents de goudrons, sans nous soucier ni de demain, ni des prochains.
De nous qui nous nourrissons des lumières des écrans plutôt que de celles des cieux.
De nous qui nous prenons pour des dieux sans comprendre que les dieux sont en quête d’Équilibre alors que nous n’effleurons qu’à peine la notion que cela représente.
Entends le brouhaha constant dans lequel tu vis… ton coeur à oublier le silence et le goût de juste Être. Sois, et vis, sans quoi demain n’a pas de dessin.

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