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Pouvons-nous encore?

« Femmes, je vous aime. Peut-on encore seulement dire cela? J’ai l’impression qu’aujourd’hui, le féminisme a tué l’amour des femmes et la galanterie. Oh ne vous méprenez pas, j’ai pour le sexisme et les maltraitances faites aux femmes le plus grand dégoût, mais j’ai peur qu’à mesure que le temps passe, l’on apparente certains actes de bonté et de tendresse, à du sexisme ordinaire. Je veux pouvoir tenir la porte à une dame, lui sourire, la saluer et même, pourquoi pas, pouvoir lui dire qu’elle est belle, sans sous entendu, juste par sincérité, comme on le dirait d’une étoile que l’on trouverait plus brillante qu’une autre. Je veux pouvoir avoir le droit d’aimer les corps que j’aime, sans me faire taxer d’être le produit d’une société qui me dit ce qui est beau ou ce qui ne l’est pas. Je veux pouvoir être libre, sans que la liberté des unes devienne une prison pour moi. J’ai peur qu’une branche du féminisme dérive vers une bien-pensance rétrograde inversée.
Cela n’empêche que je soutiens le combat qui est celui des femmes, de lutter pour l’égalité de nos droits qui, aujourd’hui, ne devraient même pas faire l’objet d’un tel scandale tant il devrait être naturel d’avoir acquis cette évidence. Je veux juste être libre d’aimer les femmes, sans intention, sans idée, juste aimer… inconditionnellement. »

Cette réflexion sur l’évolution des pensées autour du sujet du féminisme m’est venue il y a longtemps et j’avais laissé de côté ce petit texte par crainte de ce que certains pourraient dire de ma façon de penser. Mais qui aurait bien le droit de définir à ma place ce que je peux penser ou exprimer?

Cela me rappelle une autre chose qui m’a heurté il y a quelques semaines. J’ai pris conscience que nous sommes devenus de plus en plus prudes. Derrière des discours de liberté et d’ouverture, l’on censure petit à petit des choses qui, il y a quelques années, étaient monnaie courante. J’ai été marqué par cela lorsque j’ai comparé une série que je regardais il y a quelques semaines, avec des films des années 80-90 que j’ai eu le plaisir de revisionner pendant ce confinement. La première évoquait le désir et l’érotisme dans le regard des acteurs et la ligne narrative, mais dès que la caméra descendait sur un fragment d’épaule nue, celle-ci se détournait dans un fondu au noir comme s’il s’était s’agit d’une scène pouvant heurter la morale. Le second débutait sur une femme sous emprise de drogue qui se dévoilait seins nus, et les jurons de l’inspecteur, la cigarette au bec, résonnant dans la pièce lorsqu’il arrive sur la scène de crime.

Je ne dis pas qu’il faut faire l’apologie de la vulgarité ni que la nudité doit être utilisée à tout va, mais je pense que cette évolution est symptomatique d’un malaise de la société envers le corps, et envers tout ce qui peut être clivant en général.
Une cigarette choque alors que Gainsbourg enchaînait les Gauloises sur les plateaux de télé. Une épaule nue choque alors qu’il n’y a pas plus naturel que les corps.
Je pense que le cinéma est justement là pour sublimer les différences, les unicités, pour choquer parfois aussi, car les évolutions de conscience passent aussi par là.
Le rôle de l’art est d’aider à ouvrir les yeux. Et j’ai peur qu’à force de lisser ce que l’on voit, l’on oublie le trésor de la diversité, le rôle de transgression des arts.

L’artiste doit pouvoir tout dire, tout faire. C’est sa place. Et de cette liberté dépend une grande part de la liberté d’expression de tous.
C’est ensuite la responsabilité individuelle qui opère. Notre libre arbitre nous permet de décider si l’on veut avoir accès à telle ou telle oeuvre.
Ce sujet revient au même problème rencontré sur d’autres thèmes : l’on préfère, dans notre société occidentale bien pensante, interdire ou fustiger plutôt que d’éduquer et de laisser le public décider pour lui même (et pas pour les autres) de ce qu’il veut voir, lire, écouter.
Alors s’il vous arrive de lire un livre qui vous dérange, refermez-le, mais ne traînez pas son auteur en place de grève. Si un film vous choque, éteignez la télévision, mais ne provoquez pas d’ire générale contre son réalisateur. Si une musique vous agresse les oreilles, baissez le volume, mais le taxez pas l’artiste de tous les maux de la terre.

Respectez l’art.
Respectez les artistes.
Respectez la liberté, tout simplement.

Je rêve…

Je rêve et je m’enfuis… non pas pour tourner le dos à la réalité ou nier les problèmes auxquels je dois faire face, mais parce que le rêve est le terreau de toute création.

Jules Verne avait rêvé un siècle en avance le fait que l’Homme marcherait un jour sur la Lune. Orwell dénonçait en 1948 l’espionnage gouvernemental dont le principal scandale éclata en 2013. Les auteurs de science-fiction d’hier inspirent les scientifiques d’aujourd’hui pour créer les technologies que l’on découvre au jour le jour, pour le bien, comme pour le pire.
Le rêve est la source de toutes les avancées, et combiné aux mots, il devient une arme de création terrible.
J’aime créer des mondes imaginaires, des histoires qui nous transportent à distorsion maximale jusqu’aux confins de l’univers. J’aime imaginer un monde ou la magie existe, non pas pour nous faciliter la vie, mais parce qu’il serait magique d’atteindre un tel niveau de conscience de l’univers, pour en distordre la réalité.

Je rêve et je voyage sans avoir à prendre l’avion, dans des contrées plus merveilleuses que je ne saurais voir, puisque tout part de mes fantasmes, de mes désirs les plus forts.

Alors, rêvez. Laissez-vous voyager par vos esprits enfantins. Cessez de croire que grandir revient à prendre racine dans ce qu’il y a de plus rationnel. Bien au contraire… Grandir, c’est prendre conscience que le rêve est tout ce qui compte, pour se donner l’espoir et le moyen, d’en faire un jour une réalité.

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