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En-corps

« Je veux te toucher. Effleurer du bout des doigts ta peau. Embrasser de passion tes lèvres. Entourer de mes bras ton corps et te serrer, pour sentir ta vie contre moi. »

Je veux continuer de me dire que demain ne sera pas synonyme de défiance. Défiance de l’autre qui deviendrait l’ennemi de cette « guerre » que l’on nous demande de mener. Défiance face à eux qui nous soignent ou qui ont été malades. Je ne veux pas que notre avenir se cantonne à chasser ou à rejeter ceux qui pourraient être un risque. Je veux continuer à serrer vos mains, vous embrasser, partager des verres même si l’on ne sait plus qui a bu dans quoi. Je veux continuer à me dire que l’autre que j’aime est toujours le même, et ne pas le voir comme le porteur potentiel de mon malheur.

Je ne veux pas avoir peur de toi.

La peur de l’autre est à l’origine de toutes les pires atrocités. Les guerres de religion, les génocides, les conflits militaires, l’extinction de nos ancêtres les plus anciens… l’Histoire de l’humanité regorge d’exemples. Je refuse d’être le vecteur de cette peur. Je refuse de me laisser aller à cet instinct qui, si nous le laissions tous surgir, nous pousserait à un individualisme encore plus ténu qu’il ne l’est déjà.

Je veux continuer de sourire dans la rue à ceux qui me croisent. Parler de tout et de rien sans avoir à toujours revenir sur les actualités angoissantes dont on nous gave pour nous maintenir sous silence. Je veux continuer d’être libre de dire ce que j’ai envie de dire, faire ce que j’ai envie de faire, dans un monde qui ne soit pas sécuritaire, dans un monde dans lequel on n’étouffe pas.

Je n’ai pas peur. Car je me dis que quoi qu’il advienne, je serai libre. Que rien ni personne ne saura éteindre ce feu qui brûle en moi depuis toujours. 

Ce sont des prières que je fais de pouvoir continuer de courir, de toucher, d’embrasser, de faire l’amour, de partager, de m’esclaffer. J’ai envie, encore et en-corps, d’aimer, de vivre… tout simplement !

 

Vous que j’aime

Depuis quand l’Homme marchande-t-il sa liberté, au nom du soi-disant « bien commun » ?

Depuis quand l’humanité s’abaisse-t-elle à nourrir la solidarité par la culpabilité ? L’Unité par la peur  ?

Je parle peu de ce qui se déroule en ce moment. On entend assez parler de tout, et souvent même de rien, dans la mesure où nous sommes gavés de fausses informations que nous nous empressons de relayer par nos réseaux sociaux, derniers soubresauts de notre contact avec le monde…

Je veux parler d’autre chose, entendre parler d’autre chose, non pas parce que je nie ou que je veux oublier notre situation, mais parce que tout simplement, la vie continue, et qu’elle continuera après. Sans doute différemment, si nous prenons certaines consciences. Peut-être sans trop de changement, si nous ne prenons pas le temps de comprendre la mesure de notre abrutissement. Parce que la vie continue autour de nous, chez nous.

Vous que j’aime, je pense à vous. Pas par inquiétude, pas seulement ces derniers jours et ces prochaines semaines, mais constamment. Parce que je vous aime, justement. Parce que votre âme m’est indispensable et que même si nous ne pouvons pas nous croiser physiquement, je sais que nos esprits sont en contact par cet amour qui, plus fort que tout, a fait que nous nous sommes un jour croisés.

Vous qui travaillez pour permettre au plus grand nombre de rester en sécurité, je vous honore et vous respecte, mais pas aujourd’hui. Chaque jour depuis mon plus jeune âge. J’admire le dévouement des personnes qui décident de prendre soin des autres. J’ai admiré mes grands-parents qui l’ont fait toute leur vie. Mon frère s’y attelle en ce moment même pour être présent pour vos parents, vos grands parents. Mais son travail, il le fait depuis des années. Je vous honore.

Pas aujourd’hui, mais chaque jour.

J’ai mal… mal de voir ainsi mon pays. Mal de voir nos puissants profiter de ce temps où nos yeux sont tournés ailleurs. Profiter de l’urgence pour prendre des décisions qui impacteront nos vies sur le moyen, ou long terme. Mal de voir que beaucoup approuvent, « pour le bien du plus grand nombre ». Mais quel bien ? Quelle responsabilité a-t-on face à la crise qui va suivre ? Aucune ! Nous sommes pour la plupart de simples salariés, de simples citoyens, qui donnons de notre temps contre le peu d’argent qui nous permet de faire vivre nos familles. La responsabilité est celle de ceux qui, année après année, défont peu à peu nos acquis pour satisfaire et renforcer un système qui nous étouffe.

J’ai mal de me dire que la loi pourra m’imposer de travailler plus, sans contre partie, « par solidarité »… ma solidarité je la montre chaque jour, à ceux qui m’entourent. La solidarité ne s’impose pas par la loi, elle est l’affaire des consciences de chacun.

J’ai peur qu’au sortir de cette période, rien ne change d’autre que nos droits.

J’ai peur que notre humanité ne soit bafouée, plutôt qu’élevée, alors que cette lutte aurait pu au contraire nous faire saisir l’essentiel.

J’espère avoir tord, et me soucier de cela pour rien… en attendant, prenez soin de vous, mais de grâce, n’oubliez pas de regarder plus loin et que rien… RIEN, ne devrait entacher notre Liberté.