Histoire

Je me pose une question lorsque je regarde les informations de ces dernières semaines: pourquoi vouloir effacer les traces de l’Histoire?

Je ne peux qu’imaginer la difficulté des héritages reçus de toute une population qui, encore aujourd’hui, font les frais d’actes de domination de personnes qui se sentent supérieures. La crise du Covid 19 m’a marqué particulièrement sur le sujet. Si les mesures liées à cette pandémie a pris autant d’ampleur, c’est bien parce que ce virus a touché des petits blancs dont la situation n’est pas si mauvaise. Lorsqu’il ne s’agissait que de foyers éloignés d’un pays pauvre, l’émoi était bien loin de ce qu’il devint par la suite. Donc, l’héritage de ceux dont les ancêtres connurent l’esclavage, le colonialisme et j’en passe est très lourd. C’est une blessure d’identité ancrée dans le coeur qui peinera à s’effacer, si elle s’efface un jour.
Je suis en train de lire le roman l’Art de perdre d’Alice Zéniter, qui traite ce sujet avec beaucoup de douceur et en connaissance de cause, puisqu’elle est elle même héritière du passé colonial de son grand-père algérien.

Je comprends ce cheminement qui mène à des colères ou des révoltes. Vous commencez à me connaître, je suis de ceux qui prônent la liberté de tous et l’acceptation. Je suis de ceux qui appellent à vivre nos vies et à foutre la paix aux autres… Mais je ne comprends pas le geste de vouloir effacer l’Histoire. Bien au contraire, racontons cette histoire, éduquons nos générations futures au regard des aberrations de nos Pères. Pourquoi, au lieu d’abattre des statues (ce qui somme toute ne servira qu’à défouler ceux qui le font) ne changeons-nous pas les plaques commémoratives en mémoriaux ? Le négrier reste et restera (il est mort depuis longtemps), mais passons à la postérité l’horreur de ses actes. Ne taisons pas l’innommable, trouvons les mots pour en parler. Je crois au plus profond de moi que c’est de cette manière, par l’éducation, que le sentiment que cette Histoire laisse s’estompera et que l’on pourra tenter de vivre dans une société qui verra se raréfier les actes de haine envers qui que ce soit.

Je travaille sur un texte se déroulant pendant la Seconde Guerre mondiale. En replongeant dans cette période que j’avais beaucoup étudiée plus jeune, je me suis fait la réflexion que la haine n’avait pas de couleur ni de race. Elle était ancrée dans le coeur de certains hommes plus que dans d’autres, et que tout est fait pour maintenir cet état qui, avouons-le, arrange sûrement bien ceux qui nous dirigent, car plutôt que de prêter attention à leurs manoeuvres, nous nous entredéchirons.

Je ne veux pas taire les horreurs du passé. Je veux au contraire les connaître et les écrire. Je veux leur donner une image et les transmettre. C’est ce que j’ai voulu faire dans Jolly Roger en parlant d’esclavage au travers d’une société qui venait tout juste de l’institutionnaliser par le Code noir. C’est en les décrivant, en les gardant dans une mémoire honnête, ni culpabilisante, ni moralisatrice, mais factuelle et humaniste, que les générations futures sauront et ne reproduiront pas les fautes du passé. Je suis de ceux qui prônent nos différences, mais celles-ci servent à construire une humanité riche, pas à diviser les êtres humains entre eux.

Regardons-nous comme des Hommes, pas comme des noirs, gays, juifs, blancs, etc…
Nos différences ne sont ni des armes ni des murailles, mais une richesse.
Notre Histoire enseigne les fautes du passé.

N’oublions pas…

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