Archives de catégorie : Réflexions

Histoire

Je me pose une question lorsque je regarde les informations de ces dernières semaines: pourquoi vouloir effacer les traces de l’Histoire?

Je ne peux qu’imaginer la difficulté des héritages reçus de toute une population qui, encore aujourd’hui, font les frais d’actes de domination de personnes qui se sentent supérieures. La crise du Covid 19 m’a marqué particulièrement sur le sujet. Si les mesures liées à cette pandémie a pris autant d’ampleur, c’est bien parce que ce virus a touché des petits blancs dont la situation n’est pas si mauvaise. Lorsqu’il ne s’agissait que de foyers éloignés d’un pays pauvre, l’émoi était bien loin de ce qu’il devint par la suite. Donc, l’héritage de ceux dont les ancêtres connurent l’esclavage, le colonialisme et j’en passe est très lourd. C’est une blessure d’identité ancrée dans le coeur qui peinera à s’effacer, si elle s’efface un jour.
Je suis en train de lire le roman l’Art de perdre d’Alice Zéniter, qui traite ce sujet avec beaucoup de douceur et en connaissance de cause, puisqu’elle est elle même héritière du passé colonial de son grand-père algérien.

Je comprends ce cheminement qui mène à des colères ou des révoltes. Vous commencez à me connaître, je suis de ceux qui prônent la liberté de tous et l’acceptation. Je suis de ceux qui appellent à vivre nos vies et à foutre la paix aux autres… Mais je ne comprends pas le geste de vouloir effacer l’Histoire. Bien au contraire, racontons cette histoire, éduquons nos générations futures au regard des aberrations de nos Pères. Pourquoi, au lieu d’abattre des statues (ce qui somme toute ne servira qu’à défouler ceux qui le font) ne changeons-nous pas les plaques commémoratives en mémoriaux ? Le négrier reste et restera (il est mort depuis longtemps), mais passons à la postérité l’horreur de ses actes. Ne taisons pas l’innommable, trouvons les mots pour en parler. Je crois au plus profond de moi que c’est de cette manière, par l’éducation, que le sentiment que cette Histoire laisse s’estompera et que l’on pourra tenter de vivre dans une société qui verra se raréfier les actes de haine envers qui que ce soit.

Je travaille sur un texte se déroulant pendant la Seconde Guerre mondiale. En replongeant dans cette période que j’avais beaucoup étudiée plus jeune, je me suis fait la réflexion que la haine n’avait pas de couleur ni de race. Elle était ancrée dans le coeur de certains hommes plus que dans d’autres, et que tout est fait pour maintenir cet état qui, avouons-le, arrange sûrement bien ceux qui nous dirigent, car plutôt que de prêter attention à leurs manoeuvres, nous nous entredéchirons.

Je ne veux pas taire les horreurs du passé. Je veux au contraire les connaître et les écrire. Je veux leur donner une image et les transmettre. C’est ce que j’ai voulu faire dans Jolly Roger en parlant d’esclavage au travers d’une société qui venait tout juste de l’institutionnaliser par le Code noir. C’est en les décrivant, en les gardant dans une mémoire honnête, ni culpabilisante, ni moralisatrice, mais factuelle et humaniste, que les générations futures sauront et ne reproduiront pas les fautes du passé. Je suis de ceux qui prônent nos différences, mais celles-ci servent à construire une humanité riche, pas à diviser les êtres humains entre eux.

Regardons-nous comme des Hommes, pas comme des noirs, gays, juifs, blancs, etc…
Nos différences ne sont ni des armes ni des murailles, mais une richesse.
Notre Histoire enseigne les fautes du passé.

N’oublions pas…

Satisfaction

Je fais face de plus en plus à l’insatisfaction permanente. Une habitude de vie qui me rend terriblement perplexe. Je ne parviens pas à comprendre ce besoin d’être toujours critique, dans le mauvais sens du terme.
Je ne dis pas qu’il faut vivre dans un état de félicité débilitante, mais savoir se satisfaire de ce que l’on a me semble un acte essentiel au bonheur. Parce qu’il s’agit bien de vivre pour viser le bonheur, non? Et il me semble que celui-ci réside dans les plus infimes choses de la vie.

Je suis heureux lorsque je façonne mon pain ou que je scie mes bûches le matin pour me chauffer en hiver. Lorsque je rentre chez moi, une toute petite maison dans laquelle je me sens si bien. Je m’y sens bien parce que je fais jour après jour de ce lieu un écrin de sérénité, un nid où il fait bon vivre.

Je me demande si l’insatisfaction ne vient pas de la peur d’être heureux. J’ai entendu une réflexion dans un film qui dit que la peur n’existe pas, elle n’est qu’une projection de ce qui pourrait arriver, et donc une conséquence directe du fait de ne pas être dans le présent. Et si le fait d’être heureux ne venait que de là? Et si le bonheur n’avait pour seul secret, que le fait de trouver cet Équilibre dans lequel l’instant présent était la seule unité de mesure?
Peut-être que les éternels insatisfaits ne le sont que parce qu’ils ne connaissent que la peur. La peur de transformer sa vie pour autre chose que ce que l’on a toujours connu. Le confort rassurant de ne rien faire pour changer, même si cela a pour conséquence un mal-être.
Choisir de se défaire de ses peurs est un acte de courage, mais il reste, à mon sens, un choix. Un choix difficile, j’en conviens, mais il s’agit d’une décision difficile qui impose, un jour, de se satisfaire des petits bonheurs qui, peu à peu, en créent un immense.

Libérez-vous de vos peurs.
Vivez l’instant présent.
Choisissez le Bonheur!

Des nains sur les épaules des géants

J’ai entendu cette métaphore à la radio hier matin. Une image attribuée à Bernard de Chartres au XIIème siècle qui aurait dit d’après ses élèves :

« Nous sommes comme des nains assis sur des épaules de géants. Si nous voyons plus de choses et plus lointaines qu’eux, ce n’est pas à cause de la perspicacité de notre vue ni de notre grandeur, c’est parce que nous sommes élevés par eux. »

Cette citation qui trouve des échos dans le passé comme de façon plus contemporaine, de poèmes asiatiques à Newton en passant par Montaigne, nous remet face à l’importance du passé. Elle nous rappelle que si l’on peut voir mieux, plus loin, plus longtemps, ce n’est pas par notre propre grandeur, mais par celle de nos inspirations. Si nous gagnons en sagesse, ce n’est qu’en s’appuyant sur celle de ceux qui nous ont précédés.

J’ai toujours été passionné par l’Histoire. Et celle-ci nous apprend à voir mieux. À nous inspirer de ce qui fut, pour chercher à bâtir plus loin. Pourtant, l’Homme a tendance à répéter ses erreurs plutôt que de grandir d’elles. Les cycles du passé se répètent et la sagesse des anciens se perd, s’oublie, fait même rire parfois. Qui croyait encore qu’Orwell et sa vision de 1984 trouveraient un écho aussi criant aujourd’hui? Qui penserait que nous pourrions revivre des dérives totalitaires, nous, peuple blanc éclairé et puissant aveuglé par notre autosatisfaction? Qui s’imaginerait le monde autrement qu’il ne l’est, alors que l’Histoire regorge des exemples de ces puissances déchues?

Nous ne sommes que des nains, qui ne doivent pas oublier de grimper sur les épaules des géants. Nous ne sommes que des êtres humains, qui doivent se souvenir que notre sagesse n’est pas acquise, que notre monde n’est pas immuable, pour entrevoir le monde avec un tout autre regard.

Un bon dimanche à vous tous

Si vous êtes curieux, écoutez les 5 premières minutes de cette émission qui reprend l’histoire de cette métaphore : SUIVEZ LE LIEN.

Pouvons-nous encore?

« Femmes, je vous aime. Peut-on encore seulement dire cela? J’ai l’impression qu’aujourd’hui, le féminisme a tué l’amour des femmes et la galanterie. Oh ne vous méprenez pas, j’ai pour le sexisme et les maltraitances faites aux femmes le plus grand dégoût, mais j’ai peur qu’à mesure que le temps passe, l’on apparente certains actes de bonté et de tendresse, à du sexisme ordinaire. Je veux pouvoir tenir la porte à une dame, lui sourire, la saluer et même, pourquoi pas, pouvoir lui dire qu’elle est belle, sans sous entendu, juste par sincérité, comme on le dirait d’une étoile que l’on trouverait plus brillante qu’une autre. Je veux pouvoir avoir le droit d’aimer les corps que j’aime, sans me faire taxer d’être le produit d’une société qui me dit ce qui est beau ou ce qui ne l’est pas. Je veux pouvoir être libre, sans que la liberté des unes devienne une prison pour moi. J’ai peur qu’une branche du féminisme dérive vers une bien-pensance rétrograde inversée.
Cela n’empêche que je soutiens le combat qui est celui des femmes, de lutter pour l’égalité de nos droits qui, aujourd’hui, ne devraient même pas faire l’objet d’un tel scandale tant il devrait être naturel d’avoir acquis cette évidence. Je veux juste être libre d’aimer les femmes, sans intention, sans idée, juste aimer… inconditionnellement. »

Cette réflexion sur l’évolution des pensées autour du sujet du féminisme m’est venue il y a longtemps et j’avais laissé de côté ce petit texte par crainte de ce que certains pourraient dire de ma façon de penser. Mais qui aurait bien le droit de définir à ma place ce que je peux penser ou exprimer?

Cela me rappelle une autre chose qui m’a heurté il y a quelques semaines. J’ai pris conscience que nous sommes devenus de plus en plus prudes. Derrière des discours de liberté et d’ouverture, l’on censure petit à petit des choses qui, il y a quelques années, étaient monnaie courante. J’ai été marqué par cela lorsque j’ai comparé une série que je regardais il y a quelques semaines, avec des films des années 80-90 que j’ai eu le plaisir de revisionner pendant ce confinement. La première évoquait le désir et l’érotisme dans le regard des acteurs et la ligne narrative, mais dès que la caméra descendait sur un fragment d’épaule nue, celle-ci se détournait dans un fondu au noir comme s’il s’était s’agit d’une scène pouvant heurter la morale. Le second débutait sur une femme sous emprise de drogue qui se dévoilait seins nus, et les jurons de l’inspecteur, la cigarette au bec, résonnant dans la pièce lorsqu’il arrive sur la scène de crime.

Je ne dis pas qu’il faut faire l’apologie de la vulgarité ni que la nudité doit être utilisée à tout va, mais je pense que cette évolution est symptomatique d’un malaise de la société envers le corps, et envers tout ce qui peut être clivant en général.
Une cigarette choque alors que Gainsbourg enchaînait les Gauloises sur les plateaux de télé. Une épaule nue choque alors qu’il n’y a pas plus naturel que les corps.
Je pense que le cinéma est justement là pour sublimer les différences, les unicités, pour choquer parfois aussi, car les évolutions de conscience passent aussi par là.
Le rôle de l’art est d’aider à ouvrir les yeux. Et j’ai peur qu’à force de lisser ce que l’on voit, l’on oublie le trésor de la diversité, le rôle de transgression des arts.

L’artiste doit pouvoir tout dire, tout faire. C’est sa place. Et de cette liberté dépend une grande part de la liberté d’expression de tous.
C’est ensuite la responsabilité individuelle qui opère. Notre libre arbitre nous permet de décider si l’on veut avoir accès à telle ou telle oeuvre.
Ce sujet revient au même problème rencontré sur d’autres thèmes : l’on préfère, dans notre société occidentale bien pensante, interdire ou fustiger plutôt que d’éduquer et de laisser le public décider pour lui même (et pas pour les autres) de ce qu’il veut voir, lire, écouter.
Alors s’il vous arrive de lire un livre qui vous dérange, refermez-le, mais ne traînez pas son auteur en place de grève. Si un film vous choque, éteignez la télévision, mais ne provoquez pas d’ire générale contre son réalisateur. Si une musique vous agresse les oreilles, baissez le volume, mais le taxez pas l’artiste de tous les maux de la terre.

Respectez l’art.
Respectez les artistes.
Respectez la liberté, tout simplement.

Absurde?

Ça y est, la vie va peu à peu reprendre, sans pour autant que nous retrouvions la normalité de ce qu’était notre existence jusque là… Mais qu’est-ce que la normalité?

Je suis partagé par un petit côté désillusionné qui me dit que rien ne va vraiment changer. Que le monde repartira dans ses dérives pour une simple raison : L’Humain a oublié de penser la vie comme un chemin qui mène à la connaissance de soi, à l’Équilibre.

Et puis il y a la voix de l’éternel positif, qui me dit que, sans doute, plein de personnes auront profité de ce temps d’introspection pour se dire : et si demain nous faisions différemment? Je ne compte pas sur les politiques pour cela, mais sur chacun des petits actes qui feront que nous nous rapprocherons tous d’une existence plus en phase avec ce que nous sommes dans notre nature profonde, des âmes qui ne sont vouées qu’à une chose: l’élévation.

Je vous l’avoue sans honte, je n’ai pas hâte de reprendre le travail. Ce dernier n’est pour moi qu’un moyen de subvenir à mes besoins. Comme beaucoup de monde, j’imagine. Je prends tout de même plaisir dans ce travail et je me lève (parfois difficilement^^) le matin, avec la volonté de toujours donner le meilleur. Cela est dû à cette volonté sans faille que j’ai de toujours vouloir voir le positif. Je n’ai pas le choix que de travailler, mais je le fais avec le sourire.

Et cette réflexion me fait me demander ce qui nous pousse à faire ce que nous devons faire. Qu’est-ce qui nous motive vraiment? Est-ce l’argent? La reconnaissance? La position sociale?

Je n’ai jamais eu besoin d’un travail pour me sentir reconnu. Seul le regard des gens que j’aime m’importe, pas celui de la société. Ma position sociale n’est pas brillante, je suis cheminot et autant dire qu’aux yeux de beaucoup, je ne suis qu’un nanti privilégié qui ne fait pas grand-chose à part mettre en retard des trains. Alors reste l’argent… Eh bien oui, c’est l’argent qui me motive. Pas parce que je veux l’amasser et l’étaler devant tout le monde, mais parce qu’hélas, c’est un mal indispensable si je veux manger. C’est drôle, non? De devoir aller travailler pour recevoir un chiffre virtuel qui vous permet d’acheter ce qui avant était produit. On a ajouté cet intermédiaire inutile, qui ne fait que nous pourrir la vie et aujourd’hui, nous n’imaginerions même pas un monde sans.

Nous reprenons le travail, ou le continuons pour ceux qui ne se sont pas arrêtés, parce que nous sommes esclaves de l’économie et de l’argent. Esclaves d’un système qui a oublié l’essentiel pour nous couvrir de superflus. L’économie s’effondre lorsque nous n’achetons que ce qui nous est primordial…

Ce confinement a finalement été un thermomètre parfait de l’absurdité de notre système.

Je vous souhaite à tous de trouver l’Équilibre, et de vous défaire peu à peu des chaînes qui nous retiennent.

Pourquoi j’ai écris Jolly Roger ?

Jolly Roger (à prononcer à l’anglaise, il ne s’agit pas d’un coquet Roger)… mon dernier roman dont la version numérique vient tout juste de sortir, traite de liberté et de recherche de soi.

Je voulais vous parler des raisons qui m’ont poussé à écrire, en particulièrement cette histoire, et pourquoi les sujets que j’y aborde sont tant d’actualité ?

Une soif inextinguible :

La Liberté. C’est sans doute le sujet central de toute mon œuvre. Une liberté qui mène à l’Équilibre. Je me suis longtemps demandé d’où me venait cette rage d’être libre… j’ai eu une enfance heureuse et je n’ai vécu aucun traumatisme (du moins que je garde en mémoire). Mais je me souviens de moments où je me suis senti floué, pas respecté. Lorsque j’étais enfant, je rêvais de pouvoir avoir le droit d’exprimer mes avis, et surtout d’avoir la capacité de les exprimer de façon à être pris au sérieux. Sans doute cette volonté m’a-t-elle tenue et me tient encore aujourd’hui. Ce besoin de me savoir libre de dire et de faire ce que veux. Les restrictions qui viennent avec l’enfance sont terminées, place à une soif toute adulte !

Les pirates :

J’ai toujours été fasciné par les aventures mettant en scène des pirates. Mais un détail me chiffonnait toujours : quel intérêt de ne vivre que pour amasser de l’or que l’on ne pourra, de toute manière, pas dépenser puisque l’on est des hors-la-loi ? Je me suis alors demandé quelle volonté pouvait pousser ces hommes et ces femmes à vivre en marge de la société des XVIIèmes et XVIIIèmes siècles. Et j’ai imaginé, après plusieurs recherches historiques, une piraterie qui se rapprocherait plus d’une révolution libertaire que l’Histoire aurait passée sous silence, qu’un simple groupe de pillards.

Un attachement profond à la démocratie :

Voilà un sujet qui mérite que l’on s’y penche. Car les accrocs au pouvoir du peuple sont nombreux… vous comprenez pourquoi je dis qu’il s’agit d’une histoire qui traite de l’actualité ? Je suis très surpris des commentaires que je vois parfois, sur l’utilité du vote ou sur le scandale que le maintien d’élections peut être un sujet négatif. Et même si je comprends les arguments qui accompagnent ces commentaires, je ne peux m’empêcher de me dire que ça n’est pas en démissionnant que l’on règle les problèmes. Que c’est même sans doute en en faisant plus que l’on peut participer, à notre mesure, à l’amélioration des choses et au fait que nous soyons maîtres de nos destins. Je ne parle pas de politique. Pas comme on l’entend. Je parle d’être acteur de notre vie, de la vie collective, et d’être porteur d’une vision qui, elle le doit, contribue à nos libertés.

La peur de l’autre :

Une amie chère m’a dit il y a quelques jours « je commence à avoir peur de mes congénères ». La peur de l’autre est la base fondamentale de tous les conflits, j’en parlais dans mon précédent article. La peur de la différence en particulier. Guerres de religion, guerres d’idéologies, toutes ont été motivées par la crainte que l’on a de ce que l’autre est différent, et de ce que cela implique dans l’équilibre d’une société. Je voulais parler de cette peur, et je me dis que ce sujet prend encore plus d’ampleur aujourd’hui, lorsque ce sentiment s’étend, au-delà de l’idée, à notre santé. Ne tombons pas, malgré les risques, dans la peur et la stigmatisation. Ne soyons pas les acteurs d’une nouvelle « guerre » où, pour le coup, tout le monde devient l’ennemi.

Une aventure :

Parce que les sujets de fonds sont une chose, mais qu’on lit aussi pour se détendre, j’ai voulu faire de ce livre une vraie aventure. Un parcours de vie qui nous montre les aléas de l’existence de ce personnage qui se bat pour faire de sa vie ce qu’il entend.

 

Voilà…

J’espère que ces quelques mots auront piqué votre curiosité pour lire Jolly Roger, et mes autres écrits bien sûr 😉 si vous avez des questions, des commentaires, n’hésitez pas.

Si l’aventure vous tente, vous pouvez trouver la version numérique de Jolly Roger ICI.

Dans l’ebook, un code promo vous attend, à utiliser dans ma boutique sur la version papier, illustrée par Emmanuelle Delouhans, de ce même roman (lorsque je pourrai reprendre l’édition papier : fin de confinement).

 

En-corps

« Je veux te toucher. Effleurer du bout des doigts ta peau. Embrasser de passion tes lèvres. Entourer de mes bras ton corps et te serrer, pour sentir ta vie contre moi. »

Je veux continuer de me dire que demain ne sera pas synonyme de défiance. Défiance de l’autre qui deviendrait l’ennemi de cette « guerre » que l’on nous demande de mener. Défiance face à eux qui nous soignent ou qui ont été malades. Je ne veux pas que notre avenir se cantonne à chasser ou à rejeter ceux qui pourraient être un risque. Je veux continuer à serrer vos mains, vous embrasser, partager des verres même si l’on ne sait plus qui a bu dans quoi. Je veux continuer à me dire que l’autre que j’aime est toujours le même, et ne pas le voir comme le porteur potentiel de mon malheur.

Je ne veux pas avoir peur de toi.

La peur de l’autre est à l’origine de toutes les pires atrocités. Les guerres de religion, les génocides, les conflits militaires, l’extinction de nos ancêtres les plus anciens… l’Histoire de l’humanité regorge d’exemples. Je refuse d’être le vecteur de cette peur. Je refuse de me laisser aller à cet instinct qui, si nous le laissions tous surgir, nous pousserait à un individualisme encore plus ténu qu’il ne l’est déjà.

Je veux continuer de sourire dans la rue à ceux qui me croisent. Parler de tout et de rien sans avoir à toujours revenir sur les actualités angoissantes dont on nous gave pour nous maintenir sous silence. Je veux continuer d’être libre de dire ce que j’ai envie de dire, faire ce que j’ai envie de faire, dans un monde qui ne soit pas sécuritaire, dans un monde dans lequel on n’étouffe pas.

Je n’ai pas peur. Car je me dis que quoi qu’il advienne, je serai libre. Que rien ni personne ne saura éteindre ce feu qui brûle en moi depuis toujours. 

Ce sont des prières que je fais de pouvoir continuer de courir, de toucher, d’embrasser, de faire l’amour, de partager, de m’esclaffer. J’ai envie, encore et en-corps, d’aimer, de vivre… tout simplement !

 

Dire ou ne pas dire…

Vous qui avez été mon pays. Vous qui avez fait de mon monde le terrain des possibles. Vous qui avez construit la France, au lendemain des guerres qui ravagèrent notre pays. Vous qui vous êtes battus dans des conflits qui n’étaient pas les vôtres… vous, que l’on oublie aujourd’hui, je veux penser à vous.

Mon frère travaille dans un EHPAD. Il s’attelle depuis des années à prendre de soin de cette France d’hier, qui pourtant est toujours là. Elle vibre encore, elle pleure encore de sa solitude et sans doute aussi de voir ce que sont devenues toutes les batailles qu’elle a menées pour ses enfants. Cette France qui ne compte pas dans les morts de notre « guerre » actuelle… cette France que l’on ne voit plus, car elle reste cachée dans les murs confinés de ces établissements qui appellent à l’aide.

Cette France qui commence à comprendre que rien n’a vraiment changé, qu’il y aura toujours de bons penseurs pour dire qui est utile, et qui ne l’est pas. Qui définit qui doit vivre et qui peut mourir.

J’ai le coeur serré d’imaginer ces hommes et ces femmes, au crépuscule de leurs jours, se tourner vers les seuls qu’ils peuvent voir en ce moment avec dans le regard cette prière que tout cela ne soit qu’un mauvais rêve.

J’ai la tête remplie des souvenirs de mes grands-pères qui ont « la chance » d’être partis avant de voir leur monde tourner encore une fois, comme du mauvais lait caillé.

J’ai les yeux embués de penser à mes grands-mères, si loin de moi, qui s’inquiètent pour leurs petits enfants, car, bon sang, quel monde est-ce là?

Je vois, le lis, j’entends tant de choses. Sur les réseaux sociaux, à la télévision ou à la radio… et je ne peux m’empêcher de constater que peu de ces choses valent la peine.

J’ai le sentiment que l’on fait aujourd’hui, l’apologie de la médiocrité. On aime écouter ceux qui n’ont rien à dire et l’on passe au silence ceux qui pourraient, sur un malentendu, dire quelque chose d’intelligent.

Je suis abasourdi lorsque j’allume la télévision, ce que je fais rarement, du nombre de programmes débilitants qui continuent d’être diffusés, faute aux téléspectateurs qui se défendent toujours par le fait qu’il faut bien savoir se vider la tête. Mais soyons honnête, la bassesse et la médiocrité n’ont jamais vidé aucune tête, elle a plutôt la tendance de les remplir, mais pas nécessairement de qu’il faudrait.

Je regarde parfois quelques minutes des informations pour me tenir un minimum informé, mais informé de quoi? Des sujets que le rédacteur a décidé de faire passer, sûrement dirigés par une volonté supérieure? L’on définit pour nous ce que l’on doit savoir. Et là où les chaines d’information en continu auraient pu soigner ce bas blessé, elles ont fait le choix surprenant de donner encore moins qu’un JT de vingt minutes sur les grandes chaines, pour repasser en boucles les mêmes 5 minutes entre deux coupures pubs d’égales longueurs.

Nos journalistes sont devenus des apiculteurs, ils se soucient plus de rapporter des buzzzzz, que des faits.

Je rêve d’un journal qui ne prenne jamais parti et qui me permette de me faire mon propre avis, plutôt que de me gaver comme une oie pour Noël, de ce que certains ont cru bon de me nourrir.

Je rêve d’émissions dans lesquelles on peut entendre des gens intelligents, qui sont là pour nous apprendre des choses, et pas seulement tard le soir ou sur les chaines secondaires. Et si j’avais un souhait à faire, ce serait que certains ouvrent un livre, et qu’ils en profitent pour savourer le silence.

Dire ou ne pas dire… ? Telle est la question!

 

 

NOUVEAU:

Mon dernier roman, Jolly Roger, est disponible en suivant ce lien:

ICI

Vous que j’aime

Depuis quand l’Homme marchande-t-il sa liberté, au nom du soi-disant « bien commun » ?

Depuis quand l’humanité s’abaisse-t-elle à nourrir la solidarité par la culpabilité ? L’Unité par la peur  ?

Je parle peu de ce qui se déroule en ce moment. On entend assez parler de tout, et souvent même de rien, dans la mesure où nous sommes gavés de fausses informations que nous nous empressons de relayer par nos réseaux sociaux, derniers soubresauts de notre contact avec le monde…

Je veux parler d’autre chose, entendre parler d’autre chose, non pas parce que je nie ou que je veux oublier notre situation, mais parce que tout simplement, la vie continue, et qu’elle continuera après. Sans doute différemment, si nous prenons certaines consciences. Peut-être sans trop de changement, si nous ne prenons pas le temps de comprendre la mesure de notre abrutissement. Parce que la vie continue autour de nous, chez nous.

Vous que j’aime, je pense à vous. Pas par inquiétude, pas seulement ces derniers jours et ces prochaines semaines, mais constamment. Parce que je vous aime, justement. Parce que votre âme m’est indispensable et que même si nous ne pouvons pas nous croiser physiquement, je sais que nos esprits sont en contact par cet amour qui, plus fort que tout, a fait que nous nous sommes un jour croisés.

Vous qui travaillez pour permettre au plus grand nombre de rester en sécurité, je vous honore et vous respecte, mais pas aujourd’hui. Chaque jour depuis mon plus jeune âge. J’admire le dévouement des personnes qui décident de prendre soin des autres. J’ai admiré mes grands-parents qui l’ont fait toute leur vie. Mon frère s’y attelle en ce moment même pour être présent pour vos parents, vos grands parents. Mais son travail, il le fait depuis des années. Je vous honore.

Pas aujourd’hui, mais chaque jour.

J’ai mal… mal de voir ainsi mon pays. Mal de voir nos puissants profiter de ce temps où nos yeux sont tournés ailleurs. Profiter de l’urgence pour prendre des décisions qui impacteront nos vies sur le moyen, ou long terme. Mal de voir que beaucoup approuvent, « pour le bien du plus grand nombre ». Mais quel bien ? Quelle responsabilité a-t-on face à la crise qui va suivre ? Aucune ! Nous sommes pour la plupart de simples salariés, de simples citoyens, qui donnons de notre temps contre le peu d’argent qui nous permet de faire vivre nos familles. La responsabilité est celle de ceux qui, année après année, défont peu à peu nos acquis pour satisfaire et renforcer un système qui nous étouffe.

J’ai mal de me dire que la loi pourra m’imposer de travailler plus, sans contre partie, « par solidarité »… ma solidarité je la montre chaque jour, à ceux qui m’entourent. La solidarité ne s’impose pas par la loi, elle est l’affaire des consciences de chacun.

J’ai peur qu’au sortir de cette période, rien ne change d’autre que nos droits.

J’ai peur que notre humanité ne soit bafouée, plutôt qu’élevée, alors que cette lutte aurait pu au contraire nous faire saisir l’essentiel.

J’espère avoir tord, et me soucier de cela pour rien… en attendant, prenez soin de vous, mais de grâce, n’oubliez pas de regarder plus loin et que rien… RIEN, ne devrait entacher notre Liberté.

Monstrueuses

Le soleil filtre à travers les lames des persiennes bleues ciel de notre maison de vacance. J’entend que tu prépares le café, au rez de chaussée. Je peine à sortir de la douceur des draps, mais ta voix me tire de ma léthargie, le petit déjeuner est servi.
Je me hâte de m’habiller, me regarde quelques instants dans le miroir, je passe ma main dans mes cheveux. Je veux être beau pour toi. Lorsque j’arrive enfin dans la cuisine, tu es absorbée par la lecture d’un article sur ta tablette. Je dépose un baiser sur ta joue, et tu n’y réponds que par un grognement distrait. Je m’assoie en face de toi, sur la table-bar de la cuisine. La tasse de café fume et je m’en brûle presque les lèvres lorsque j’en avale la première gorgée, mais c’est ainsi que je l’aime.
Lorsque tu poses enfin ton regard sur moi, tes lèvres si belles s’étirent en un rictus moqueur.

– Tu comptais vraiment porter cette tenue? me lances-tu.

– Oui, pourquoi?

– Il est hors de question que tu sortes comme ça! Tu vas me faire le plaisir d’enfiler quelque chose de moins tape à l’œil. Tu veux attirer le regard de toutes les poules de la ville? Tu veux vraiment passer pour une salope?

Je baisse le regard, à la fois blessé et honteux. Ma chemise bleue ciel est déboutonnée pour laisser paraître juste un peu de mon torse, et un pantalon légèrement moulant au tissu fin et délicat, épouse mes formes pour me mettre en valeur. Mais si j’avais choisis, quelques minutes plus tôt, de porter cette tenue, c’était juste pour te plaire et me sentir beau…

– Je dis ça parce que je t’aime, tu sais… me lanças-tu d’une voix douce.

J’acquiesce d’un mouvement de tête.

Je termine mon café et remonte dans la chambre. Je sors un tee shirt assez banal et un jean plus ample, et les passe avant de redescendre te rejoindre.

– Ah, tu vois quand tu fais un effort, tu sais t’habiller normalement! me dis-tu seulement.

J’essaye de passer à autre chose… je ne vais tout de même pas gâcher notre journée de repos pour une broutille pareille.

Nous sortons en fin de matinée, pour retrouver un groupe de tes amies à un restaurant du village provençal où nous aimons nous retrancher, loin de Paris. Elles sont déjà là et nous taquinent pour notre retard.

– Vous savez ce que c’est, commences-tu, les hommes mettent toujours des heures à se préparer. Comme si s’habiller et se coiffer demandait de grandes études… heureusement qu’on est plus productives. Si on comptait sur eux pour faire tourner le monde, on ne serait pas rendues!

– Les hommes sont tous les mêmes, répond ta meilleure amie, Anne. Ils ne cherchent qu’à attirer l’attention pour réussir à chopper celles d’entre nous qui sont assez bêtes pour se laisser avoir!
Vous partez toutes dans un éclat de rire, et je me sens obligé de sourire, comme si ne pas le faire me soumettait au jugement général.

Les discussions vont bon train. Vous échangez les dernières nouvelles, les actualités de vos métiers respectifs et quelques « on dit » sur celles du groupe qui se sont éloignées. Emilie, qui me voyait en retrait depuis un moment, finit par m’approcher au moment du dessert.

– Tout va bien? me demande-t-elle un peu inquiète.

– Oui oui, tout va bien, réponds-je.

– Tu es sûr? Tu m’as l’air un peu à l’écart depuis quelques temps… si jamais il y a quoi que ce soit, tu sais que tu peux m’en parler?

– Oui, merci.

Je souris avec difficulté.

Je me rends compte à entendre les mots d’Emilie, que je ressens un vide terrible. Un étau me serre le cœur et les entrailles et je ne parviens pas à savoir ce qui provoque ce mal être. Le repas se termine et une fois en voiture, tu gardes le silence un long moment. C’est presque arrivé à la maison que tu t’arrêtes sur le bas-côté et me fixe, le regard en feu, furieuse.

– Tu peux me dire ce que cette conne d’Emilie t’as dis?

– Rien de précis, elle me demandait si ça allait.

– Qu’est-ce que ça peut lui foutre?

– C’est aussi bien mon amie que la tienne.

– Non! C’est mon amie. Toi, tu n’as pas à parler à qui que ce soit, sauf si je te le dis, tu m’entends? tu cries maintenant.

– Attends, je n’ai pas à te rendre de compte sur avec qui je parle, encore moins quand tu les connais, tentais-je maladroitement.

– Je te demande pardon?

– J’ai le droit de parler aux gens.

Tu te mets à pouffer de rire.

– Et qu’est ce que tu pourrais bien leur dire? Tu es un bon à rien, tu ne fais rien de tes journées. Qui est-ce qui rapporte l’argent à la maison? C’est toi peut être?

Silence…

– Réponds quand je te poses une question!

– Non c’est toi.

– Alors qu’est ce que tu peux bien vouloir raconter?

Silence…

Tu m’attrapes par la manche et ta main saisit mon visage pour me forcer à te regarder dans les yeux.

– Tu me fais mal… dis-je.

– Oh je lui fais mal au petit bébé… et bien c’est à moi que tu fais mal en t’affichant comme ça avec Emilie.

Je sens tes ongles s’enfoncer sans mes joues et je tente de me dégager.

– Tu me fais du mal, tu m’entends? répètes-tu avant de me relâcher et de reprendre la route.

– Je t’aime, tu sais? Et je veux que tout fonctionne entre nous, reprends-tu. Tu ne veux pas que tout fonctionne entre nous?

– Si…

– Alors tu fais ce que je te dis!

Mon cœur se met à battre à tout rompre. Je tente de répondre que ça n’est pas ça l’amour et que par « tout faire » j’entends quand même certaines limites, mais les mots ne passent pas la barrière de mes craintes et de ma honte… je sens une sueur froide qui remonte le long de ma colonne et c’est alors que je me réveille.

Rassuré, je respire un grand coup… ce n’était qu’un horrible cauchemar.


Cette histoire n’est qu’une histoire, et ce cauchemar d’un homme, c’est la réalité de dizaines de millions de femmes à travers le monde. 149 femmes sont mortes en 2018 sous les coups de leurs conjoints ou ex-conjoints et c’est environ 220 000 femmes par an, en France, qui sont victimes de violences de la part de ceux avec qui elles partagent ou ont partagé leur vie.
Les hommes battus sont aussi une réalité, et je ne veux pas les oublier non plus. En France c’est plus 70 000 hommes victimes de violences, pour un peu plus de 20 morts par an.


Dans tous les cas, la violence envers autrui est une honte qu’il faut condamner, et que je voulais dénoncer par cette micro-nouvelle.
#Noustoutes