Archives de catégorie : Billet d’humeur

Satisfaction

Je fais face de plus en plus à l’insatisfaction permanente. Une habitude de vie qui me rend terriblement perplexe. Je ne parviens pas à comprendre ce besoin d’être toujours critique, dans le mauvais sens du terme.
Je ne dis pas qu’il faut vivre dans un état de félicité débilitante, mais savoir se satisfaire de ce que l’on a me semble un acte essentiel au bonheur. Parce qu’il s’agit bien de vivre pour viser le bonheur, non? Et il me semble que celui-ci réside dans les plus infimes choses de la vie.

Je suis heureux lorsque je façonne mon pain ou que je scie mes bûches le matin pour me chauffer en hiver. Lorsque je rentre chez moi, une toute petite maison dans laquelle je me sens si bien. Je m’y sens bien parce que je fais jour après jour de ce lieu un écrin de sérénité, un nid où il fait bon vivre.

Je me demande si l’insatisfaction ne vient pas de la peur d’être heureux. J’ai entendu une réflexion dans un film qui dit que la peur n’existe pas, elle n’est qu’une projection de ce qui pourrait arriver, et donc une conséquence directe du fait de ne pas être dans le présent. Et si le fait d’être heureux ne venait que de là? Et si le bonheur n’avait pour seul secret, que le fait de trouver cet Équilibre dans lequel l’instant présent était la seule unité de mesure?
Peut-être que les éternels insatisfaits ne le sont que parce qu’ils ne connaissent que la peur. La peur de transformer sa vie pour autre chose que ce que l’on a toujours connu. Le confort rassurant de ne rien faire pour changer, même si cela a pour conséquence un mal-être.
Choisir de se défaire de ses peurs est un acte de courage, mais il reste, à mon sens, un choix. Un choix difficile, j’en conviens, mais il s’agit d’une décision difficile qui impose, un jour, de se satisfaire des petits bonheurs qui, peu à peu, en créent un immense.

Libérez-vous de vos peurs.
Vivez l’instant présent.
Choisissez le Bonheur!

Des nains sur les épaules des géants

J’ai entendu cette métaphore à la radio hier matin. Une image attribuée à Bernard de Chartres au XIIème siècle qui aurait dit d’après ses élèves :

« Nous sommes comme des nains assis sur des épaules de géants. Si nous voyons plus de choses et plus lointaines qu’eux, ce n’est pas à cause de la perspicacité de notre vue ni de notre grandeur, c’est parce que nous sommes élevés par eux. »

Cette citation qui trouve des échos dans le passé comme de façon plus contemporaine, de poèmes asiatiques à Newton en passant par Montaigne, nous remet face à l’importance du passé. Elle nous rappelle que si l’on peut voir mieux, plus loin, plus longtemps, ce n’est pas par notre propre grandeur, mais par celle de nos inspirations. Si nous gagnons en sagesse, ce n’est qu’en s’appuyant sur celle de ceux qui nous ont précédés.

J’ai toujours été passionné par l’Histoire. Et celle-ci nous apprend à voir mieux. À nous inspirer de ce qui fut, pour chercher à bâtir plus loin. Pourtant, l’Homme a tendance à répéter ses erreurs plutôt que de grandir d’elles. Les cycles du passé se répètent et la sagesse des anciens se perd, s’oublie, fait même rire parfois. Qui croyait encore qu’Orwell et sa vision de 1984 trouveraient un écho aussi criant aujourd’hui? Qui penserait que nous pourrions revivre des dérives totalitaires, nous, peuple blanc éclairé et puissant aveuglé par notre autosatisfaction? Qui s’imaginerait le monde autrement qu’il ne l’est, alors que l’Histoire regorge des exemples de ces puissances déchues?

Nous ne sommes que des nains, qui ne doivent pas oublier de grimper sur les épaules des géants. Nous ne sommes que des êtres humains, qui doivent se souvenir que notre sagesse n’est pas acquise, que notre monde n’est pas immuable, pour entrevoir le monde avec un tout autre regard.

Un bon dimanche à vous tous

Si vous êtes curieux, écoutez les 5 premières minutes de cette émission qui reprend l’histoire de cette métaphore : SUIVEZ LE LIEN.

Pouvons-nous encore?

« Femmes, je vous aime. Peut-on encore seulement dire cela? J’ai l’impression qu’aujourd’hui, le féminisme a tué l’amour des femmes et la galanterie. Oh ne vous méprenez pas, j’ai pour le sexisme et les maltraitances faites aux femmes le plus grand dégoût, mais j’ai peur qu’à mesure que le temps passe, l’on apparente certains actes de bonté et de tendresse, à du sexisme ordinaire. Je veux pouvoir tenir la porte à une dame, lui sourire, la saluer et même, pourquoi pas, pouvoir lui dire qu’elle est belle, sans sous entendu, juste par sincérité, comme on le dirait d’une étoile que l’on trouverait plus brillante qu’une autre. Je veux pouvoir avoir le droit d’aimer les corps que j’aime, sans me faire taxer d’être le produit d’une société qui me dit ce qui est beau ou ce qui ne l’est pas. Je veux pouvoir être libre, sans que la liberté des unes devienne une prison pour moi. J’ai peur qu’une branche du féminisme dérive vers une bien-pensance rétrograde inversée.
Cela n’empêche que je soutiens le combat qui est celui des femmes, de lutter pour l’égalité de nos droits qui, aujourd’hui, ne devraient même pas faire l’objet d’un tel scandale tant il devrait être naturel d’avoir acquis cette évidence. Je veux juste être libre d’aimer les femmes, sans intention, sans idée, juste aimer… inconditionnellement. »

Cette réflexion sur l’évolution des pensées autour du sujet du féminisme m’est venue il y a longtemps et j’avais laissé de côté ce petit texte par crainte de ce que certains pourraient dire de ma façon de penser. Mais qui aurait bien le droit de définir à ma place ce que je peux penser ou exprimer?

Cela me rappelle une autre chose qui m’a heurté il y a quelques semaines. J’ai pris conscience que nous sommes devenus de plus en plus prudes. Derrière des discours de liberté et d’ouverture, l’on censure petit à petit des choses qui, il y a quelques années, étaient monnaie courante. J’ai été marqué par cela lorsque j’ai comparé une série que je regardais il y a quelques semaines, avec des films des années 80-90 que j’ai eu le plaisir de revisionner pendant ce confinement. La première évoquait le désir et l’érotisme dans le regard des acteurs et la ligne narrative, mais dès que la caméra descendait sur un fragment d’épaule nue, celle-ci se détournait dans un fondu au noir comme s’il s’était s’agit d’une scène pouvant heurter la morale. Le second débutait sur une femme sous emprise de drogue qui se dévoilait seins nus, et les jurons de l’inspecteur, la cigarette au bec, résonnant dans la pièce lorsqu’il arrive sur la scène de crime.

Je ne dis pas qu’il faut faire l’apologie de la vulgarité ni que la nudité doit être utilisée à tout va, mais je pense que cette évolution est symptomatique d’un malaise de la société envers le corps, et envers tout ce qui peut être clivant en général.
Une cigarette choque alors que Gainsbourg enchaînait les Gauloises sur les plateaux de télé. Une épaule nue choque alors qu’il n’y a pas plus naturel que les corps.
Je pense que le cinéma est justement là pour sublimer les différences, les unicités, pour choquer parfois aussi, car les évolutions de conscience passent aussi par là.
Le rôle de l’art est d’aider à ouvrir les yeux. Et j’ai peur qu’à force de lisser ce que l’on voit, l’on oublie le trésor de la diversité, le rôle de transgression des arts.

L’artiste doit pouvoir tout dire, tout faire. C’est sa place. Et de cette liberté dépend une grande part de la liberté d’expression de tous.
C’est ensuite la responsabilité individuelle qui opère. Notre libre arbitre nous permet de décider si l’on veut avoir accès à telle ou telle oeuvre.
Ce sujet revient au même problème rencontré sur d’autres thèmes : l’on préfère, dans notre société occidentale bien pensante, interdire ou fustiger plutôt que d’éduquer et de laisser le public décider pour lui même (et pas pour les autres) de ce qu’il veut voir, lire, écouter.
Alors s’il vous arrive de lire un livre qui vous dérange, refermez-le, mais ne traînez pas son auteur en place de grève. Si un film vous choque, éteignez la télévision, mais ne provoquez pas d’ire générale contre son réalisateur. Si une musique vous agresse les oreilles, baissez le volume, mais le taxez pas l’artiste de tous les maux de la terre.

Respectez l’art.
Respectez les artistes.
Respectez la liberté, tout simplement.

Absurde?

Ça y est, la vie va peu à peu reprendre, sans pour autant que nous retrouvions la normalité de ce qu’était notre existence jusque là… Mais qu’est-ce que la normalité?

Je suis partagé par un petit côté désillusionné qui me dit que rien ne va vraiment changer. Que le monde repartira dans ses dérives pour une simple raison : L’Humain a oublié de penser la vie comme un chemin qui mène à la connaissance de soi, à l’Équilibre.

Et puis il y a la voix de l’éternel positif, qui me dit que, sans doute, plein de personnes auront profité de ce temps d’introspection pour se dire : et si demain nous faisions différemment? Je ne compte pas sur les politiques pour cela, mais sur chacun des petits actes qui feront que nous nous rapprocherons tous d’une existence plus en phase avec ce que nous sommes dans notre nature profonde, des âmes qui ne sont vouées qu’à une chose: l’élévation.

Je vous l’avoue sans honte, je n’ai pas hâte de reprendre le travail. Ce dernier n’est pour moi qu’un moyen de subvenir à mes besoins. Comme beaucoup de monde, j’imagine. Je prends tout de même plaisir dans ce travail et je me lève (parfois difficilement^^) le matin, avec la volonté de toujours donner le meilleur. Cela est dû à cette volonté sans faille que j’ai de toujours vouloir voir le positif. Je n’ai pas le choix que de travailler, mais je le fais avec le sourire.

Et cette réflexion me fait me demander ce qui nous pousse à faire ce que nous devons faire. Qu’est-ce qui nous motive vraiment? Est-ce l’argent? La reconnaissance? La position sociale?

Je n’ai jamais eu besoin d’un travail pour me sentir reconnu. Seul le regard des gens que j’aime m’importe, pas celui de la société. Ma position sociale n’est pas brillante, je suis cheminot et autant dire qu’aux yeux de beaucoup, je ne suis qu’un nanti privilégié qui ne fait pas grand-chose à part mettre en retard des trains. Alors reste l’argent… Eh bien oui, c’est l’argent qui me motive. Pas parce que je veux l’amasser et l’étaler devant tout le monde, mais parce qu’hélas, c’est un mal indispensable si je veux manger. C’est drôle, non? De devoir aller travailler pour recevoir un chiffre virtuel qui vous permet d’acheter ce qui avant était produit. On a ajouté cet intermédiaire inutile, qui ne fait que nous pourrir la vie et aujourd’hui, nous n’imaginerions même pas un monde sans.

Nous reprenons le travail, ou le continuons pour ceux qui ne se sont pas arrêtés, parce que nous sommes esclaves de l’économie et de l’argent. Esclaves d’un système qui a oublié l’essentiel pour nous couvrir de superflus. L’économie s’effondre lorsque nous n’achetons que ce qui nous est primordial…

Ce confinement a finalement été un thermomètre parfait de l’absurdité de notre système.

Je vous souhaite à tous de trouver l’Équilibre, et de vous défaire peu à peu des chaînes qui nous retiennent.

En-corps

« Je veux te toucher. Effleurer du bout des doigts ta peau. Embrasser de passion tes lèvres. Entourer de mes bras ton corps et te serrer, pour sentir ta vie contre moi. »

Je veux continuer de me dire que demain ne sera pas synonyme de défiance. Défiance de l’autre qui deviendrait l’ennemi de cette « guerre » que l’on nous demande de mener. Défiance face à eux qui nous soignent ou qui ont été malades. Je ne veux pas que notre avenir se cantonne à chasser ou à rejeter ceux qui pourraient être un risque. Je veux continuer à serrer vos mains, vous embrasser, partager des verres même si l’on ne sait plus qui a bu dans quoi. Je veux continuer à me dire que l’autre que j’aime est toujours le même, et ne pas le voir comme le porteur potentiel de mon malheur.

Je ne veux pas avoir peur de toi.

La peur de l’autre est à l’origine de toutes les pires atrocités. Les guerres de religion, les génocides, les conflits militaires, l’extinction de nos ancêtres les plus anciens… l’Histoire de l’humanité regorge d’exemples. Je refuse d’être le vecteur de cette peur. Je refuse de me laisser aller à cet instinct qui, si nous le laissions tous surgir, nous pousserait à un individualisme encore plus ténu qu’il ne l’est déjà.

Je veux continuer de sourire dans la rue à ceux qui me croisent. Parler de tout et de rien sans avoir à toujours revenir sur les actualités angoissantes dont on nous gave pour nous maintenir sous silence. Je veux continuer d’être libre de dire ce que j’ai envie de dire, faire ce que j’ai envie de faire, dans un monde qui ne soit pas sécuritaire, dans un monde dans lequel on n’étouffe pas.

Je n’ai pas peur. Car je me dis que quoi qu’il advienne, je serai libre. Que rien ni personne ne saura éteindre ce feu qui brûle en moi depuis toujours. 

Ce sont des prières que je fais de pouvoir continuer de courir, de toucher, d’embrasser, de faire l’amour, de partager, de m’esclaffer. J’ai envie, encore et en-corps, d’aimer, de vivre… tout simplement !